Bn PROJECTS - Maison GREGOIRE

ROGER & REMI

Molière Project et Bn PROJECTS ont le plaisir de vous convier au vernissage de Roger & Rémi, une exposition de Roger Remacle et et Rémi Lambert,spécialement conçue par Emmanuel Lambion pour l’espace du Lycée Molière.

Deux lettres en commun, deux initiales aux résonances ronflantes et roulantes : c’est sans doute ce qui a priori et de façon expéditive, ludique, pourrait singulariser la rencontre sous forme d’exposition organisée au Molière Project entre deux artistes, Roger Remacle et Rémi Lambert, que tout semble, a priori, distinguer : les générations - Roger a près de 78 ans et demi, Rémi, la petite trentaine - , les parcours et formations - Roger est ardennais, belge et ingénieur, Rémi est genevois, suisse, et s’est formé en tant que dessinateur et peintre à la HEAD de Genève et ensuite à l’ERG, Bruxelles -, les pratiques - Roger est essentiellement sculpteur, avec des incursions latérales dans d’autres disciples, Rémi est peintre - , les approches - volontiers protocolaire, aléatoire, sérielle et abstraite chez Roger, subjective contrôlée onirique et figurative chez Rémi.
Et pourtant, il est au moins un élément, parmi d’autres, qui relie les travaux l’un à l’autre, un élément qui a été le déclic de l’envie de cette confrontation curatoriale singulière, et que nous laissons aux visiteurs le soin de découvrir ou d’identifier - ou non - parmi d’autres.
Car faut-il nécessairement que chaque rencontre soit explicable ou argumentable, ne suffit-il pas qu’elle fasse ou crée du sens ?

Roger est, on l’a dit, ingénieur chimiste et est doté d’un solide esprit rationnel. Il a commencé à se former à l’art de façon structurée à la fin de sa quarantaine, en appliquant à ses projets artistiques les techniques de recherches scientifiques.
Il est, on l’a dit, essentiellement sculpteur, et l’artiste essentiellement - mais non exclusivement - d’un matériau, le plastique industriel, sub specie le polyéthylène, sous sa forme, façonnée, tubulaire et colorée, aux usages spécifiques, en fonction d’un répertoire chromatique codifié : noir pour les eaux usées ; blanc pour le nettoyage des extrudeuses ; bleu outremer pour l’eau potable ; bleu cyan pour l’eau potable irlandaise ; jaune pour le gaz ; rouge pour le gaz japonais ; orange pour les câbles de communication.
De son parcours, il garde une fascination pour la méthode, la structure, le protocole, la matière, tout explicitant une fascination pour l’imprévu, le hasard, la vie autonome et organique de la matière.
Car son travail sur le plastique est dichotomique, combinant la découpe et l’assemblage de sections tubulaires de façon à organiser des formes choisies, expressives ou non, souvent inspirées d’ailleurs par les mathématiques et le langage, ou, a contrario, de laisser le matériau se décomposer ou s’altérer par la chaleur d’un four.
Dans les deux cas, son intervention personnelle dans ces créations se veut la plus neutre possible, même si elle se révèle décisive, en amont comme en aval du processus (choix de la forme de départ dans un cas, choix de la température et de la durée de fusion ou d’altération pour l’autre). Objectif et a priori distancé, refusant l’anecdotique et le narratif par le processus, son art ne peut néanmoins éviter de revêtir, tant par le processus que dans le résultat, des connotations culturelles signifiantes, aux enjeux significatifs, déplaçant la question même d’auteurship et s’ouvrant à un onirisme contemplatif et métaphysique par rapport aux potentialités hybrides de libération, de transformation, de vie et d’expression autonomes d’une matière de synthèse créée par l’homme.

Le point de départ du geste pictural de Rémi semble aux antipodes de la méthode et de la rigueur protocolaire qui habite l‘univers de Roger.
Dans des compositions aux couleurs contrastées, aux accents tour à tour sombres et acidulés, au geste dru, immédiat et vigoureux, une iconographie et une syntaxe picturales, empruntant aux univers des BD, des jeux vidéo, des imageries punk et black metal, convoquent une narration fascinante au sens étymologique du terme - entre attraction et répulsion - portées par des figures archétypales humaines, animales, et/ou hybrides. Rémi semble réinventer une mythologie personnelle et éclectique, aux accents nordigues et à l’humour trash helvétique, flirtant de façon liminale avec les interdits sociaux, les tabous freudiens et le politiquement correct, le tout nimbé d’un onirisme dégoulinant, malléable et informe… Les mots sont lâchés.
La matière, picturale ici, règne, comme chez Roger, avec générosité et vigueur.
Elle s’étend, nous enveloppe, en articulant un prose narrative qui semble obéir à ses propres lois, en enveloppant et dépassant l’artiste, comme le regardeur.
Le processus créatif de Lambert est par contre beaucoup plus lent et discipliné qu’il n’y paraît de prime abord, nourri par une pratique intensive du dessin et du croquis, s’ouvrant à des transformations, des mutations et des expansions de compositions. Tout se passe comme si l’hybridité et la porosité potentielles des caractères et univers convoqués se répercutaient dans la genèse même de ses toiles.

Vous avez dit aux antipodes ?

Vernissage
mercredi 15 mai 2019, 18h

Lycée Molière
21 av Franklin Roosevelt
B-1050 Bruxelles

Exposition ouverte les samedis et dimanches, de 15 à 19h
et sur rdv,
du 18/05/2019 au 26/05/2019

Finissage le dimanche 26/05/2019, 15-19h

Avec le soutien de :
Lycée Molière, Mécénat Mérode, Vedett, Eeckman Belgium