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NEWS : DROIT DE REPONSE

Ce texte est écrit en réponse aux propos divulgués par Mme Léoni concernant mon licenciement du CGII sur différents supports presse (Nouvelle Gazette) du Groupe Sud-Presse, sur Antenne Centre et aussi répercutés de façon plus succincte par La Libre Belgique.
Pour ma part, je constate qu’ils divulguent des éléments, sans les détailler ni les étayer, que je conteste formellement tout en assumant aussi un caractère diffamatoire et de calomnie, visant à me nuire et portant préjudice de façon directe à la poursuite de ma carrière.
Je serai bref et souhaite ici faire entendre ma voix, en exposant quelques points factuels par rapports aux soi-disants arguments « financiers, scientifiques organisationnels et humains » avancés par Mme Léoni :

Contexte relationnel

Dans la Nouvelle Gazette, Mme Léoni se répand sur les difficultés relationnelles avec le personnel, suggérant que mon management aurait provoqué la maladie de 10 personnes sur 21.
Ce sont des insinuations incorrectes et calomnieuses, peu respectueuses en outre de l’ensemble du personnel du Centre qui a continué à travailler de façon constructive dans les circonstances difficiles créées par la crise sanitaire. Je tiens encore à souligner leur implication et le plaisir que j’ai eu à travailler avec l’ensemble de l’équipe et leur exprimer ma reconnaissance.

Le contexte créé par des absences organisées et les manoeuvres de déstabilisation du CA ont rendu le contexte de travail plus difficile cet été.

Pour être précis, le CA a reçu et / ou sollicité 4 interpellations entre le 10 et le 17 juillet dernier, émanant de membres de l’équipe, qui, de l’aveu même de la Présidente, s’étaient concertés.
Si 3 de ces personnes étaient sous certificats en juillet 2021, l’une n’a jamais cessé de travailler. L’une de ces 3 personnes, dont la productivité et l’esprit collaboratif étaient problématiques depuis mon entrée en fonction, s’est mise sous certificat en mars 2019 suite à un avertissement que je lui avais adressé après des retards répétés, réitérés, dans la remise de textes et documents qui devaient nous permettre de finaliser certains objectifs, notamment le bouclage du nouveau site du CGII. Une autre personne s’est, elle, mise en maladie début juillet 2021, peu après qu’aient émergé des zones d’ombre dans la gestion de sa propre lettre de mission, dont elle avait la responsabilité. L’absence de la troisième personne est elle en grande partie liée à des éléments personnels, combinés probablement aussi à des difficultés d’adhérer pour des raisons la ligne de décloisonnement et d’ouverture que je mettais en place dans ma programmation.

Une 5e interpellation a été par contre adressée au CA le 16/8 par un membre du personnel apportant un tout autre éclairage des faits, en ma faveur, qui n’a pas fait, elle, l’objet d’une audition. Elle rapportait un témoignage explicite que la situation des interpellations était un mouvement concerté qui se préparait dans le chef de deux/trois personnes au moins depuis décembre 2020. La Présidente s’est contentée de lui proposer un rendez-vous à la seule date où elle s’était déclarée indisponible.

Contexte financier :

Je suis rentré en fonction juin 2020 en pleine crise sanitaire.
Un défi de taille était amené par le fait qu’environ 6 mois avant ma nomination, le CGII avait perdu une partie essentielle de son budget de fonctionnement : La Ville de la Louvière avait en effet décidé d’arrêter le paiement de la facture de gaz et électricité du Centre, soit un montant d’environ 70 000 euro par an correspondant au budget opérationnel des expositions (recettes - dépenses).
En d’autres termes, la programmation des prochaines années allait se faire sur le fond de réserve de l’institution, avec l’approbation explicite du CA.

Je note que Madame Leslie Léoni, actuelle présidente du C.A., était, au moment de la décision, Echevine de la Culture de la Ville de la Louvière et, de façon accessoire, administratrice au Centre de la Gravure.
Sa nomination à la Présidence est intervenue plus tard, en même temps que la confirmation par le CA de ma nomination à la Direction. Cette décision pouvait sembler paradoxale, dans la mesure où cette nomination pouvait la placer dans une situation de conflits d’intérêt, en tant que mandataire de la Ville de la Louvière qui venait d’enlever au CGII un montant équivalent à son budget opérationnel, et Présidente d’une asbl qui devait reconquérir sa stabilité financière.
(NB : Au-delà, Mme. Léoni se retrouvait Présidente et administratrice d’un nombre important d’asbl / institutions louviéroise, dont une qu’elle a fondée, Brock’n Roll, active elle-aussi dans le champ des arts imprimés. Je précise qu’entretemps, Mme Léoni est devenue députée fédérale, tout en gardant ses mandats dans les différentes asbl louviéroises.)

Par-delà sa réputation de solidité apparente et son rayonnement, le CGII se retrouvait dans une situation qui à terme allait être particulièrement fragile et nécessitait de trouver des refinancements et de changer de stratégie.

Dès mon entrée en fonction j’ai réitéré des démarches auprès de la Ville afin d’expliquer la situation délicate où se trouvait le Centre. Le soutien de Mme Léoni dans cette démarche, alors encore Echevine, a été marginal.

Par ailleurs, dans le cadre du plan quinquennal de renouvellement de conventionnement avec la
Fédération Wallonie Bruxelles, nous avions demandé une augmentation de subsides d’environ
100 000 euro orientée à la fois dans une optique de renforcement du pôle scientifique et que dans celui d’une politique de soutien à la jeune création en offrant des fees, fussent-ils symboliques (200 euros) aux jeunes créateurs invités. (NB : Politique qui n‘avait jamais été menée dans les 25 années précédentes de la dernière direction).
La réponse officielle de la Ministre par rapport à cette demande ne nous était d’ailleurs pas encore parvenue lors de mon éviction du Centre. Eût-elle été dans le sens d’un statu quo de nos subsides, elle aurait pu donner lieu à un appel.
(NB : Au vu, notamment, des missions conjointes de conservation du patrimoine et du soutien à la création qui caractérisent l’action le Centre de la Gravure (à l’instar du TAMAT, du Musée de la Photographie de Charleroi, ou encore de Keramis) de l’engagement public de la Ministre de la Culture actuelle pour l’encouragement de bonnes pratiques de rémunération dans le secteur des arts plastiques, ainsi qu’au vu de la décision récente - que nous saluions - d’augmenter de 220 000 euros supplémentaires une institution louviéroise qui effectue un travail remarquable, le Musée Keramis.
Celui-ci doté de 5 ETP actuellement ambitionne à engager et former une équipe de 8 > 12 ETP, inférieure à celle actuelle du Centre de la Gravure (15,8 ETP).)

Par ailleurs, ces derniers mois j’ai obtenu plus de 100 000 de subsides / aides complémentaires, 50 000 dans le cadre de l’appel Un Futur pour la Culture, lancé par la Fédération Wallonie Bruxelles avec le projet de résidence virtuelles www.eeeelll.com, un projet dont je conserve par convention la paternité intellectuelle, à quoi se sont ajoutées des aides compensatoires des manques à gagner liés au COVID. Une autre demande était en cours auprès de la Région Wallonne, dont la réponse devait tomber fin septembre 2021, après mon éviction.

Contextes organisationnels et scientifiques :

En ce qui concerne l’organisationnel, il suffit de considérer les résultats concrets des projets menés à bien pendant ces 15 mois, grevés de plus par la crise sanitaire que nous connaissons (3 expositions dont l’une d’envergure internationale avec 61 artistes et un catalogue de 288 pages), de nouveaux partenariats engagés, mais aussi la refonte du site internet et la nouvelle charte graphique pour attester suffisamment de capacités d’organisation et de mobilisation de l’équipe et de l’engagement de cette dernière, que je tiens encore à remercier.

Pour reprendre le terme de scientifique sous l’angle du rapport à la collection, je pense aussi que les reproches sous-entendus par Mme Léoni ne sont pas justifiés.
L’engagement d’une nouvelle responsable des collections en février a permis de rattraper en quelques mois le retard d’encodage préalable à ma nomination (qui entraînait d’ailleurs des plaintes de donataires), tant au niveau de la collection qu’à celui du centre de documentation.
Le nouveau site permettra une meilleure visibilité de la collection lorsque la digitalisation et numérisation de la collection sera poursuivie. Il s’agit d’une opération en cours.

Le site permettra en outre de nouvelles façons de valoriser la collection via un plugin kunstmatrix qui permettra de monter des expositions virtuelles en ligne.
Par ailleurs, le développement d’expositions « collection » (cf supra ) renouvelées et rafraîchissant le répertoire d’expositions (Surréalisme, Cobra, Alechinsky) qui circulaient ces dernières années, était une des missions sonnées à la conservatrice et à la curatrice adjointe.
A cela s’ajoutait l’intégration d’oeuvres de la collection dans les projets collectifs et monographiques à venir.

Au niveau des achats, j’ai veillé à équilibrer les achats d’oeuvres en soutien à la jeune création des formes contemporaines de rapport à l’image imprimée avec l’achat d’oeuvres plus traditionnelles.

Le rythme des donations s’est poursuivi avec une belle régularité : 390 oeuvres ont rejoint la collection du CGII en provenance de différents donateurs privés.
Et le prêt d’oeuvres de la collection pour des projets montés par institutions partenaires a été encouragé (cf.Exposition Sorcières au Vanderborght organisée par ULB culture qui s’ouvre prochainement).

Les projets qui doivent s’ouvrir dans les prochains mois et que le CA du CGII s’efforce de poursuivre et mener à bien sont de ma conception et témoignent autant de la variété de la programmation qui était mise en place (Lines and Tracks, une exposition revisitant la production d’affiches ferroviaires en Belgique en regard avec l’évolution de notre société et des techniques d’impression dans le cadre d’Europalia 2021 ou les projets monographiques en lien avec la collection dans le cadre du projet www.eeeelll.com ) que du caractère injustifié d’un reproche de distance par rapport à la collection qui m’a été adressé.

Au delà de ces éléments de réponse faits par rapport aux supposés motifs (financiers, organisationnels relationnels et scientifique) avancés par Mme Léoni dans la presse pour justifier la décision du CA, il est important de se pencher sur la façon dont dont le CA et la Présidence ont en un mois et demi décidé de traiter les interpellations de 4 membres du personnel (après les avoir encouragées).

Le déroulé des faits posent question par la violence insidieuse et les partis pris dont elle témoigne et semble aux antipodes du respect des travailleurs, de tous les travailleurs, d’équité et de dialogue dont se réclame Mme. Léoni, en se référant notamment à des valeurs idéologiques.
Que ce soit à mon encontre, ou encore de l’équipe qui a continué à travailler pendant ces mois estivaux.
L’affaire a été bouclée en deux réunions de CA, à un mois sans que mes éléments de réponse aient été pris en considération, ou que des témoignages d’autres travailleurs voire une interpellation en ma faveur n’aient été pris en considération.
Le tout dans une atmosphère d’opacité, de non-transmission des éléments qui m’auraient permis de me défendre (résumé des interpellations, pv de CA), de non-réponse sélective aux courriels, avec des injonctions contradictoires pour la gestion du CGII, des pressions implicites faites pour l’annulation de mes congés. Sans même parler même d’allusions déplacées et discriminatoires par rapport à mon orientation sexuelle.

A plusieurs reprises, en juillet et en août, j’ai demandé que soient entendus l’ensemble des membres de l’équipe dont je ne peux que saluer le travail et l’énergie et ai réitéré une ouverture au dialogue équitable pour l’ensemble de l’équipe avec le CA.
Le 25/8, une membre de l’équipe a été en contact avec un administrateur et la Présidente qui ont tenu à rassurer l’équipe, en prétendant qu’aucun licenciement n’était à l’ordre du jour.
Pour finir, j’ai adressé le 31/8, avant mon licenciement, une demande d’analyse de risques afin de formaliser ma demande que l’ensemble de l’équipe soit entendue par un conseiller en prévention externe, objectif et neutre. Mon licenciement a suivi deux heures après.
Cela se passe de commentaires.

Les vexations se sont poursuivies depuis la résiliation du contrat (blocage de l’accès à mes mails professionnels dès avant la résiliation du contrat, accès demandé de façon réitérée de pouvoir accéder à mon bureau afin de récupérer des effets et documents personnels resté infructueux pendant 2 mois, jusqu’à une intervention syndicale.
De façon plus significative les déclarations et insinuations indiscrètes (par rapport aux règlements RGPD), diffamatoires et calomnieuses exprimées dans la presse sont de nature à me porter un préjudice direct dans ma recherche d’un nouvel emploi. Ils semblent dictés par une envie de nuire, par-delà leur caractère inexact.

Il me semble que le CA du CGII devrait ré-examiner la façon dont cette affaire a été traitée, en faisant fi de principes tels que le droit à la défense, le respect des conditions de travail et de détente, l’écoute de l’ensemble des travailleurs, de la transparence des décisions et des motivations.

Certes, le CGII est effectivement une asbl et donc un organisme de droit privé.
Dans ce contexte, rien n’empêche en théorie qu’un.e Président.e ou un CA se débarrassent d’un directeur.rice pour des raisons d’incompatibilité.
A cette différence près qu’en l’occurrence l’essentiel de ses moyens budgétaires provient d’argent public.
Que la Direction a été, j’ose l’espérer, choisie par l’ensemble du CA (sous une autre Présidence) en fonction de son projet artistique et de son parcours professionnel dans le domaine.
Que la Présidente qui a été nommée à la tête du CA y est arrivée, en tant qu’administratrice et ensuite présidente, certes par son intérêt personnel mais aussi par cooptation et ex officio, par les mandats politiques qu’elle occupait et occupe toujours.
(Il y a certes, en guise d’exception, le Brock’n Roll, asbl fondée par Leslie Léoni, active dans le champ elle-aussi des arts imprimés, (ce qui, d’ailleurs, virtuellement, en fait une concurrente aussi du CGII par rapport à la Ville de la Louvière en termes de subsides octroyés). Et je tiens à souligner la formation et le parcours de graveuse de Mme Léoni. Je suis évidemment respectueux de tout cela, de son expérience et son parcours.
Il me semble par contre aussi utile de préciser que gérer le développement stratégique d’une association telle que Brock’n Roll, ce n’est pas exactement la même chose que décider des orientations stratégiques à long terme du Centre de la Gravure, à un niveau communautaire, national et international.)

Au-delà, ce licenciement qui, dans le fond et dans la forme, pourra être qualifié de déraisonnable voire d’abusif, pose la question du mode de désignation et du cumul des mandats d’administrateurs au sein des CA d’organismes et institutions culturels, subventionnés avec l’argent du citoyen.
Est-il normal qu’une même personne en vertu de son statut de mandataire politique - en l’occurrence, échevine puis députée - se retrouve en situation de quasi-monopole de mandats au sein d’institutions culturelles dans un contexte local donné ?
Ne faudrait-il pas aussi éviter à l‘avenir que des personnes nommées pour représenter au plus haut niveau des institutions ou acteurs culturels puissent se retrouver en situation de conflit d’intérêts potentiels ?
Ce sont des questions sur lesquelles il serait intéressant que le cabinet de notre Ministre de Tutelle, la Ministre de la Culture de la FWB, puisse se pencher afin d’éviter que des situations semblables puissent se reproduire.
Au détriment du rayonnement du travail des artistes et travailleurs de l’art de la Fédération Wallonie-Bruxelles et du rayonnement de ses collections.

Emmanuel Lambion

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