Bn PROJECTS - Maison GREGOIRE

Home / News /

NEWS : DROIT DE REPONSE

Comme vous le savez, j’ai quitté la Direction du Centre de la Gravure et de l’Image imprimée de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis le 1er septembre 2021 dernier.

En 15 mois de collaboration, nous avons eu l’occasion d’élaborer et soumettre un nouveau plan quinquennal, de réaliser un nouveau site web, de changer l’identité graphique du Centre, de gérer et / ou concevoir 3 expositions (dont l’une d’envergure internationale avec 61 artistes et un catalogue de 288 pages), de développer de nouveaux partenariats, comme d’obtenir des subsides additionnels pour un montant de plus de 10% du budget de l’institution.

Ce texte est plus précisément écrit en réponse aux propos divulgués par Mme LEONI sur différents supports presse (Nouvelle Gazette) du Groupe Sud-Presse, sur Antenne Centre et aussi répercutés de façon plus succincte par La Libre Belgique, pour justifier mon licenciement.
Je souhaite ici faire entendre ma voix, en exposant des éléments factuels par rapports aux motivations vagues « financières, scientifiques, organisationnelles et relationnelles » avancées par Mme LEONI dans la presse locale, qui ne sont d’ailleurs détaillées ni argumentées ni dans la presse, ni dans les documents sociaux relatifs à mon licenciement (lettre de résiliation, C4).
Pour ma part, je les conteste formellement : Par leur caractère gratuit et réitéré, ils assument un caractère de harcèlement diffamatoire et de calomnie, visant à me nuire et portant préjudice de façon directe à la poursuite de ma carrière. Ils cachent tout simplement l’absence de fondement et l’instrumentalisation de ce licenciement, qui a été qualifié par mon organisation syndicale de « manifestement déraisonnable et d’abusif ».

Plus généralement, il est utile de préciser que j’ai été nommé à la direction en mars 2020, sur base d’un programme bien défini, que j’ai mis en application dès mon entrée en fonction en juin 2020.
La procédure de sélection avait eu lieu en novembre 2019. Le choix du CA s’était d’ailleurs porté initialement, à une voix près, sur un autre candidat, qui, quelques mois après, en février 2020, avait déclaré forfait. Je note que Mme LEONI, alors simple administratrice, avait voté pour ce candidat.
C’est fin février 2020 que Mme Catherine de Braekeleer, ancienne directrice du Centre, et M. Jean Degré, ancien Président du Centre, m’ont recontacté pour savoir si j’étais toujours intéressé à accepter la place.
J’ai donc été engagé en connaissance de cause, c’est-à-dire du programme que je souhaitais porter avec et pour le CGII.
Avec le recul, je m’interroge maintenant si la défection de l’autre candidat n’était pas liée au contexte financier particulier (cf. ci-dessous) dans laquelle la Ville de la Louvière, sous l’échevinat de Mme LEONI, avait mis le Centre.

Contexte financier :

Je suis rentré en fonction juin 2020 en pleine crise sanitaire.
Un défi de taille était amené par le fait qu’environ 6 mois avant ma nomination, le CGII avait perdu une partie essentielle de son budget de fonctionnement : La Ville de la Louvière avait en effet décidé d’arrêter le paiement de la facture de gaz et électricité du Centre, soit un montant d’environ 70 000 euro par an correspondant au budget opérationnel des expositions (recettes - dépenses).
En d’autres termes, la programmation des prochaines années allait se faire sur le fond de réserve de l’institution, avec l’approbation explicite du CA.

Je note que Madame Leslie LEONI, actuelle présidente du C.A., était, au moment de la suspension de ce soutien, Echevine de la Culture de la Ville de la Louvière et, de façon accessoire, administratrice au Centre de la Gravure.
Sa nomination à la Présidence du Centre est intervenue plus tard, lors de ma prise de fonction. Cette décision pouvait sembler paradoxale, dans la mesure où cette nomination pouvait la placer dans une situation de conflits d’intérêt, en tant que mandataire de la Ville de la Louvière qui venait d’enlever au CGII un montant équivalent à son budget opérationnel, et Présidente d’une asbl qui devait reconquérir sa stabilité financière.

Par-delà sa réputation de solidité apparente et son rayonnement, le CGII se retrouvait dans une situation qui, à terme, allait être particulièrement fragile, nécessitait de trouver des refinancements et de changer de stratégie.

Dès mon entrée en fonction, j’ai réitéré des démarches auprès de la Ville afin d’expliquer la situation délicate où se trouvait le Centre. Le soutien de Mme LEONI dans cette démarche, alors encore Echevine, a été marginal.

Par ailleurs, dans le cadre du plan quinquennal de renouvellement de conventionnement avec la
Fédération Wallonie-Bruxelles, nous avions demandé une augmentation de subsides d’environ
100 000 euro, orientée à la fois dans une optique de renforcement du pôle scientifique et que dans celui d’une politique de soutien à la jeune création en offrant des fees, fussent-ils symboliques (200 euros) aux jeunes créateurs invités. La réponse officielle de la Ministre par rapport à cette demande ne nous était d’ailleurs pas encore parvenue lors de mon éviction du Centre fin août 2020. Eût-elle été dans le sens d’un statu quo de nos subsides, elle aurait pu donner lieu à un appel.

Par ailleurs, ces derniers mois j’ai obtenu plus de 100 000 de subsides / aides complémentaires, dont 50 000 dans le cadre de l’appel Un Futur pour la Culture, lancé par la Fédération Wallonie Bruxelles avec le projet de résidence virtuelles www.eeeelll.com, un projet dont je conserve par convention la paternité intellectuelle.
A ce montant, se sont ajoutées des aides compensatoires des manques à gagner liés au COVID. Une autre demande était en cours auprès de la Région Wallonne, dont la réponse aurait dû tomber fin septembre 2021, c.a.d. après mon éviction.

Je note enfin que dans le courrier expliquant à ma demande des motifs concrets du licenciement, il est argué que j’avais prévu « des frais complémentaires engagés pour les artistes lors de l’exposition « Bye Blue His Story » (sic), alors qu’ils ont été rémunérés ».
Outre le fait que ces frais de production étaient budgétisés dans un budget approuvé par la CA, que cette politique était inscrite dans un plan quinquennal également présenté et approuvé par le CA, la remarque est pour le moins confondante dans le chef d’une députée fédérale qui s’emploie à participer à une commission examinant le statut des artistes et la juste rémunération de ces derniers au sein de notre parlement fédéral !
Je note enfin qu’entretemps, l’ensemble des artistes de Bye Bye His-Story n’ont pas tous reçu les 200 euros de fees très symboliques qui avaient été budgétisés.

Contexte relationnel

Dans la Nouvelle Gazette du 3 septembre 2021, Mme LEONI se répand sur les difficultés relationnelles avec le personnel, suggérant que mon management aurait provoqué la maladie de 10 personnes sur 21 !
Ce sont des insinuations incorrectes et calomnieuses, profondément choquantes, peu respectueuses en outre de l’ensemble du personnel du Centre qui a continué à travailler de façon constructive dans les circonstances difficiles créées par la crise sanitaire. Je tiens encore à souligner leur implication et le plaisir que j’ai eu à travailler avec l’ensemble de l’équipe et leur exprimer ma reconnaissance.

Le contexte créé par des absences organisées et les manoeuvres de déstabilisation du CA ont rendu le contexte de travail plus difficile cet été.

Pour être précis, le CA a reçu et / ou sollicité 4 interpellations entre le 10 et le 17 juillet dernier, émanant de membres de l’équipe, qui, de l’aveu même de la Présidente, s’étaient concertés.
Si 3 de ces personnes étaient sous certificats en juillet 2021, l’une n’a jamais cessé de travailler. L’une de ces 3 personnes, dont la productivité et l’esprit collaboratif étaient problématiques depuis mon entrée en fonction, s’est mise sous certificat en mars 2019 suite à un avertissement que je lui avais adressé après des retards répétés, réitérés, dans la remise de textes et documents qui devaient nous permettre de finaliser certains objectifs, notamment le bouclage du nouveau site du CGII. Une autre personne s’est, elle, mise en maladie début juillet 2021, peu après qu’aient émergé des zones d’ombre dans la gestion de sa propre lettre de mission, dont elle avait la responsabilité. L’absence de la troisième personne est, elle, en grande partie liée à des éléments personnels, combinés probablement aussi à des difficultés d’adhérer pour des raisons personnelles et confessionnelles à la ligne de décloisonnement et d’ouverture que je mettais en place dans ma programmation.

Une 5e interpellation a été par contre adressée au CA le 16/8 par un membre du personnel apportant un tout autre éclairage des faits, en ma faveur, qui n’a pas fait, elle, l’objet d’une audition. Elle témoignait de façon explicite du fait que la situation des interpellations était un mouvement concerté, qui se préparait dans le chef de deux/trois personnes au moins depuis décembre 2020, ainsi que et informait le CA des zones d’ombres relatives à la gestion de la lettre de mission sus-mentionnée. La Présidente s’est contentée de lui proposer un rendez-vous à la seule date où cette personne s’était déclarée indisponible.

Contextes organisationnels et scientifiques :

En ce qui concerne l’organisationnel, il suffit de considérer les résultats concrets des projets menés à bien pendant ces 15 mois, grevés de plus par la crise sanitaire que nous connaissons (3 expositions dont l’une d’envergure internationale avec 61 artistes et un catalogue de 288 pages), de nouveaux partenariats engagés, mais aussi la refonte du site internet et la nouvelle charte graphique pour attester suffisamment de capacités d’organisation et de mobilisation de l’équipe et de l’engagement de cette dernière, que je tiens encore à remercier.

Pour reprendre le terme de « scientifique » sous l’angle du rapport à la collection, je pense aussi que les reproches sous-entendus par Mme LEONI ne sont pas justifiés.
L’engagement d’une nouvelle responsable des collections en février a permis de rattraper en quelques mois le retard d’encodage préalable à ma nomination (qui entraînait d’ailleurs des plaintes de donataires), tant au niveau de la collection qu’à celui du centre de documentation.
Le nouveau site permettra une meilleure visibilité de la collection, lorsque la digitalisation et numérisation de la collection seront poursuivies. Il s’agit d’une opération en cours.

Le site permettra en outre de nouvelles façons de valoriser la collection via un plugin kunstmatrix qui permettra de monter des expositions virtuelles en ligne.
Par ailleurs, le développement d’expositions « collection » (cf supra ) renouvelées et rafraîchissant le répertoire d’expositions (Surréalisme, Cobra, Alechinsky…) qui circulaient ces dernières années, était une des missions données à la conservatrice et à la curatrice adjointe.
A cela s’ajoutait l’intégration d’oeuvres de la collection dans les projets collectifs et monographiques à venir.

Au niveau des achats, j’ai veillé à équilibrer les achats d’oeuvres en soutien à la jeune création des formes contemporaines de rapport à l’image imprimée avec l’achat d’oeuvres plus traditionnelles.

Le rythme des donations s’est poursuivi avec une belle régularité : 390 oeuvres ont rejoint la collection du CGII en provenance de différents donateurs privés.
Et le prêt d’oeuvres de la collection pour des projets montés par institutions partenaires a été encouragé (cf. Exposition Sorcières au Vanderborght organisée par ULB culture actuellement en cours).

Les projets en cours et / ou qui doivent s’ouvrir dans les prochains mois et que le CA du CGII s’efforce de poursuivre et mener à bien sont de ma conception et témoignent autant de la variété de la programmation qui était mise en place que du caractère injustifié d’un reproche de distance par rapport à la collection qui m’a été adressé.


Au delà de ces éléments de réponse faits par rapport aux supposés motifs (financiers, organisationnels, relationnels et scientifiques) avancés par Mme LEONI dans la presse pour justifier la décision du CA, il est important de se pencher sur la façon dont le CA et la Présidence ont, en un mois et une semaine, en pleine période de vacances, décidé de traiter les interpellations de 4 membres du personnel (après les avoir encouragées).

Le déroulé des faits pose question par la violence insidieuse et les partis pris dont elle témoigne et semble aux antipodes du respect des travailleurs, de tous les travailleurs, des principes d’équité et de dialogue dont se réclame Mme. LEONI, en se référant notamment à des valeurs idéologiques.
Que ce soit à mon encontre, ou encore de l’équipe qui a continué à travailler pendant ces mois estivaux.
L’affaire a été bouclée en deux réunions de CA, à un mois de distance, sans que mes éléments de réponse, étayés par une note de 16 pages (avec 68 pages d’annexes), n’aient été pris en considération, ou que des témoignages d’autres travailleurs voire une interpellation au CA en ma faveur n’aient été entendus ou pris en compte.
Le tout dans une atmosphère d’opacité, de non-transmission des éléments qui m’auraient permis de me défendre (résumé des interpellations, pv de CA), de non-réponse sélective aux courriels, avec des injonctions contradictoires pour la gestion du CGII, des pressions implicites faites pour l’annulation de mes congés. Sans même parler même d’allusions déplacées et discriminatoires par rapport à mon orientation sexuelle.
Tout cela m’a amené à consulter le CESI.

A plusieurs reprises, en juillet et en août, j’ai demandé que soient entendus l’ensemble des membres de l’équipe et ai réitéré mon ouverture pour un dialogue équitable pour l’ensemble de l’équipe avec le CA.
Le 25/8, une membre de l’équipe a été en contact avec un Administrateur et la Présidente qui ont tenu à rassurer l’équipe, en prétendant qu’aucun licenciement n’était à l’ordre du jour.
Pour finir, j’ai adressé le 31/8, avant mon licenciement, une demande d’analyse de risques afin de formaliser ma demande que l’ensemble de l’équipe soit entendue par un conseiller en prévention externe, objectif et neutre. Mon licenciement a suivi deux heures après.
Cela se passe de commentaires.

Les vexations se sont poursuivies depuis la résiliation du contrat (blocage de l’accès à mes mails professionnels dès avant la résiliation du contrat, accès demandé de façon réitérée de pouvoir accéder à mon bureau afin de récupérer des effets et documents personnels resté infructueux pendant 2 mois, jusqu’à une intervention syndicale).
De façon plus significative, les déclarations et insinuations indiscrètes (par rapport aux règlements RGPD), diffamatoires et calomnieuses exprimées dans la presse sont de nature à me porter un préjudice direct dans ma recherche d’un nouvel emploi. Ils semblent dictés par une envie de nuire, par-delà leur caractère inexact.

Par ailleurs, la désignation récente de mon successeur, M. Christophe VEYS, collègue à Arts2 et ami de la Présidente, publiée le 9 février, a donné lieu à des communications pour le moins surprenantes dans les réseaux sociaux
Mme.LEONI déclare notamment « rêver depuis plus de 6 mois de partager cette désignation.
De fait, le 9 février, cela faisait 5 mois et 9 jours que j’avais quitté le CGII.
Plus de 6 mois auparavant, fin juillet 2021, la machine se mettait en route.
Troublant.

Il me semble que la Ministre de tutelle et le CA du CGII devrait ré-examiner la façon dont cette affaire a été traitée, en faisant fi de principes tels que le droit à la défense, le respect des conditions de travail et de détente, l’écoute de l’ensemble des travailleurs, la transparence des décisions et des motivations.

Certes, le CGII est effectivement une asbl et donc un organisme de droit privé.
Dans ce contexte, rien n’empêche en théorie qu’un.e Président.e ou un CA se débarrassent d’un directeur.rice pour des raisons d’incompatibilité.
A cette différence près qu’en l’occurrence, l’essentiel de ses moyens budgétaires provient d’argent public.
Que la Direction a été, j’ose l’espérer, choisie par l’ensemble du CA (sous une autre Présidence rappelons-le) en fonction de son projet artistique et de son parcours professionnel dans le domaine.
Que la Présidente qui a été nommée à la tête du CA y est arrivée, en tant qu’administratrice et ensuite présidente, certes par son intérêt personnel, mais aussi par cooptation et ex officio, par les mandats politiques qu’elle occupait et occupe toujours.

Au-delà de ma situation personnelle, qui est directement impactée par ce licenciement qui, dans le fond et dans la forme, est qualifié de manifestement déraisonnable et d’abusif par mon organisation syndicale, il me semble essentiel que cette situation symptomatique et non isolée puisse servir à alimenter une réflexion
structurelle, profitable à l’ensemble de l’écosystème artistique en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB).
Car ce licenciement soulève évidemment des questions de gouvernance mais pose également question par rapport au mode de désignation et du cumul des mandats d’administrateurs au sein des CA d’organismes et institutions culturels, subventionnés avec l’argent du citoyen.

Est-il normal qu’une même personne en vertu de son statut de mandataire politique - en l’occurrence, échevine puis députée - se retrouve en situation de quasi-monopole de mandats au sein d’institutions culturelles dans un contexte local donné ?
Ne faudrait-il pas aussi éviter à l‘avenir que des personnes nommées pour représenter au plus haut niveau des institutions ou acteurs culturels puissent se retrouver en situation de conflit d’intérêts potentiels ainsi que cela a été les cas ici ?
Eviter enfin que des CA d’institutions d’envergure et censées représenter la FWB à l’échelon non seulement local régional et international, soient aussi restreints, consanguins et à ancrage local.
Faire en sorte qu’un représentant au moins de la FWB, pouvoir subsidiant majoritaire dans la plupart des cas, comme des professionnels, collectionneurs, experts du domaine élargi des institutions et organismes culturels, soient représentés au CA de ces dernières.
En l’absence de représentant.e de la FWB, principal pouvoir de tutelle du CGII, les décisions du CA du CGII respectent-elles le cadre juridique ou décrétal ?

Ce sont des questions sur lesquelles il serait intéressant que le cabinet de notre Ministre de Tutelle, la Ministre de la Culture de la FWB, puisse se pencher afin d’éviter que des situations semblables puissent se reproduire.
Afin de préserver le rayonnement du travail des artistes et travailleurs de l’art de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la mise en valeur nationale et internationale des collections propres à la FWB.

Emmanuel Lambion
février 2022

JPEG - 378.3 ko